Antoine Parodi




En images


Une planète plus verte, un monde plus juste
 

mardi 25 novembre 2008

Le volant, vous le tenez à deux mains, ou fièrement le bras gauche accoudé à la fenêtre ?

Quand il est entré dans l'agence, j'ai tout de suite vu que son apparence ne correspondait pas avec la clientèle habituelle, plutôt bourgeoise. Lui, il était plutôt Celio ou Jules (rayon casual) que Ralph Lauren ou De Fursac (rayon costumes).

Il travaille à la Concession Peugeot, dans le bureau des locations de véhicules, à quelques centaines de mètres de nous.

Il est venu pour nous faire une proposition intéressante : on fait de la pub auprès de nos clients pour son service de location, notamment pour ceux qui cherchent à louer un utilitaire, et en échange on accumule des points.

"Des points ?!", me suis-je exclamé, un peu surpris.

"Oui, des points. Et, par exemple, au bout de 80 points, vous pouvez louer gratuitement tout un week-end une 207cc.

"Euh, je suis désolé, mais je ne sais pas vraiment ce que c'est qu'une 207cc. Je sais que c'est une voiture, mais, je n'ai pas vraiment d'idée de son aspect (pour les ignares, c'est ça). Mais, passons, pourquoi j'aurais envie de louer une 207cc pour le week-end ?

Lui, visiblement TRES décontenancé par ma réponse, ne se laisse pourtant pas démonté si facilement. "Mais, enfin, Monsieur, pour se faire plaisir !"

"Pour se faire plaisir ?". J'avais décidé de l'achever, ce pauvre garçon innocent qui était venu en paix, peut-être même à pied. "Rassurez-vous, je me fais plaisir autrement le week-end !"

Le changement, dans une société, repose tout autant sur une dynamique politique (un super projet, un super programme, une super com', de superbes candidats...) que sur une dynamique sociétale. C'est particulièrement vrai quand on est écologiste. IL ne servira à rien de faire des incantations à chaque élection, si on ne diffuse pas sans cesse nos valeurs, fondamentalement différentes de celles de l'humain occidental moyen.

Je me souviens du soir de mon dernier emménagement. On avait fini vers 18h30, et le temps de ramener le camion à l'agence de location à Pontault-Combault, une demi-heure avait passé. L'heure fatidique était arrivée ! Celle où j'ai attendu derrière deux ou trois couples qui étaient venu avec de grosses berlines de marques allemandes pour louer des SUV de marques japonaises pour la soirée. Peut-être pour partir en virée à deux. Peut-être pour épater les copains. Sûrement parce qu'ils éprouvaient une fierté à rouler dans une telle voiture, qui véhicule l'idée de puissance, de grandeur, de force, de richesse.

Pour se faire plaisir, en somme.

Ils n'habitent probablement pas la même ville que celle où je travaille. Les Nogentais, pour la plupart, ne ressentent pas le besoin de singer les comportements de la classe sociale "supérieure". Ils y appartiennent déjà.

Il y du boulot sur les valeurs écolos...! Et autrement que le font "les révolutionnaires", cette farce politico-communicationnelle repérée par Adrien.


vendredi 21 novembre 2008

Ils se voyaient déjà en haut de l'affiche

On saura ce soir qui, de Ségolène Royal ou de Martine Aubry, sera le premier secrétaire du Parti socialiste, après de longs mois de tensions très fortes à l'intérieur du parti, et après un Congrès conclu par un échec.

En parallèle du Congrès des Verts qui se déroule dans un climat remarqué d'appaisement, je ne voudrais malgré tout pas tirer sur l'ambulance socialiste. Pourquoi ? Parce que je trouve qu'au fond, il est assez injuste de railler un processus démocratique à l'intérieur des partis. Franck a, semble t-il, une opinion similaire.

En Allemagne, la Loi fondamentale (leur Constitution) prévoit des règles minimales de fonctionnement pour les partis politiques, à commencer par l'élection par les adhérents de leur président. En France, la Constitution reconnaît à peine les partis politiques, à qui l'on concède de concourir "à l'expression de la volonté populaire". Résultat : nous avons les partis parmi les moins démocratiques du monde occidental ! L'UMP pratique le plébiscite, de même que le Modem. Le PCF, qui avait leur Congrès il y a trois semaines, conserve un mode de fonctionnement renfermé et excluant l'expression des minorités (même si elles pèsent 40% du parti !). Seuls les Verts et le PS appuient systématiquement leurs désignations internes et externes sur le vote des adhérents, ce qui est la moindre des choses.

Autre pays, autre élection

Les Verts allemands viennent de frapper fort, en élisant à leur tête Claudia Roth, sortante et Cem Özdemir. Ce dernier est le premier Allemand issu de l'immigration turque (il est né de parents turcs dans le Bade-Würtemberg) à accéder à ce niveau de responsabilité dans un parti politique. Saluons cette désignation, car elle aussi l'accession aux responsabilités d'une génération politique différente. Les "vieux" du parti, comme Joschka Fischer, ont pris leur retraite politique. Bravo aux Grünen de donner le signe du changement et de mettre en avant de nouvelles têtes. Qui, en l'occurrence, a déjà près de quinze ans de moins que Ségolène Royal et Martine Aubry...


jeudi 13 novembre 2008

Obama : retour sur les dessous de la victoire

Avec 364 grands électeurs contre 163 pour John McCain, Barack Obama sera élu président des Etats-Unis dans quelques semaines. La système du "winner takes all" créé bien évidemment une distorsion entre la réalité et la coloration rouge ou bleue des Etats, mais l'écart en voix est sans appel, puisque le candidat démocrate est non seulement majoritaire, avec 53% des suffrages (66 millions de voix contre 58), mais distance son adversaire républicain de 7 points !

En réalité, la victoire de Barack Obama est tout aussi profonde que l'a été la résistance du camp républicain, même si ce point n'a pas été, à mon avis, suffisamment souligné.

Avec 46% des voix, John McCain s'en sort avec les honneurs, surtout si l'on note que les démocrates emportent des majorités larges au Sénat et à la Chambre des représentants, parmi les plus fortes depuis trente ans ! Si les républicains gagnent logiquement dans le Montan et le Dakota du Nord (traditionnellement des Red states), Barack Obama gagne tous les autres swing states (hormis peut-être le Missouri, encore incertain avec un écart de voix en faveur des Républicains de 5 000 voix sur 3 millions !).

Mais, contrairement aux évaluations des sondages dans ces Etats qui basculent du rouge au bleu, les écarts sont très faibles :

Indiana : Obama (50%) McCain (49%), écart de 26 000 voix sur 2 800 000 exprimés.

Ohio : Obama (51%), McCain (47%), écart de 200 000 voix sur 5 400 000 exprimés.

Caroline du Nord : Obama (50%), McCain (49%), écart de 14 000 voix sur 4 300 000 exprimés.

Floride : Obama (50%), McCain (49%), écart de 200 000 voix sur 8 150 000 exprimés.

Il y a bien eu un vote pro-McCain puissant dans ces Etats, qui ne basculent que parce que la vague nationale pro-Obama est considérable.

Autrement dit, John McCain aurait pu afficher 73 délégués de plus, et Obama descendre sous la barre des 300 avec 291 délégués. Celà n'aurait pas changé le résultat global, mais les dynamiques locales auraient été un peu plus visibles.

Celà explique peut-être aussi pourquoi l'élaboration de l'administration Obama prend soin de s'ouvrir au delà du seul camp démocrate. Les vainqueurs savent bien que les difficultés financières, fiscales, sociales, internationales seront suffisamment fortes pour exiger, même avec 7 millions de voix d'avance, de ne pas écraser l'adversaire.


jeudi 6 novembre 2008

Yes, they did !

"La rencontre entre un homme et le peuple"

Cette phrase très franco-française, elle trouve une illustration absolument magnifique avec la victoire (le triomphe ?) de Barack Obama le 4 novembre dernier.

Cette élection, à laquelle j'ai mis du temps à m'intéresser, contrairement aux élections de 2000 par exemple, je l'ai suivi en spectateur attentif depuis le lancement de la primaire démocrate en janvier dernier. Et le spectateur européen et français que je suis n'a pas qu'être ébloui par le chamboulement énorme de la campagne Obama.

On a tout lu, tout vu, sur l'homme, le ou les symbole(s) qu'il est sensé incarner.

Mais ce qui me marque le plus, ce sont les millions de volontaires qui se sont engagés à corps perdus pour la campagne du candidat démocrate. Ce sont ces dizaines de milliers de personnes n'ayant jamais voté qui ont pris le temps de s'inscrire et le temps de voter, en faisant la queue pendant parfois des heures face à l'affluence record. Ce sont ces dizaines de milliers de jeunes étudiants qui se sont enthousiasmé pour la politique. Ce sont ces foules immenses qui mardi soir exultaient, pendant que je les regardais sur mon écran d'ordinateur, la larme à l'oeil, après être rentré trop tôt de la Nuit américaine organisée par mon ami et américanophile Jean-Marc Brûlé à Cesson. On ne reverra pas de sitôt une telle adhésion populaire.

Et puis, il y aura le souvenir de ces grands moments de politique, comme lors de l'arrivée de John Edwards sur la scène d'un meeting de Barack Obama, pendant les primaires, en mai, face à une foule hystérique, qui l'empêchera de commencer son intervention de ralliement en scandant "Obama ! Obama !" ou "Yes we can !".

On se souviendra aussi de l'émouvant discours d'Hillary Clinton pendant la convention de Denver.

Et puis, enfin, les larmes pleines de dignité et de grandeur, ce rayonnement sobre du visage de Jesse Jackson au milieu des 200 000 personnes rassemblées pour fêter la victoire, resteront gravées à jamais dans ma mémoire.

Cette rencontre entre un homme et le peuple, elle est rare. Elle s'est déroulée sous nos yeux. Quelle douce nuit que ce 4 novembre !

 

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